• theyactforwomen

L'avenir du football féminin par Seyni Ndir Seck

Mis à jour : 8 août 2019

Ancienne capitaine de l'équipe nationale de football du Sénégal, Seyni Ndir Seck est aujourd'hui Présidente de la Fédération Sénégalaise de Football Féminin. Elle a aussi créé l'association Ladies'Turn que nous irons rencontrer au Sénégal. They Act For Women est allée à sa rencontre afin de discuter de l'avenir du football féminin.



Photographie de Seyni prise par le média sportif wiwsport ©

Racontez-moi un peu votre histoire ! De capitaine de l’équipe nationale de football du Sénégal, à Présidente de la Fédération Sénégalaise de Football Féminin, d’où vous est venue cette passion du foot ?


J’ai commencé à jouer à l’âge de sept ans comme tous les gamins du quartier. Mais j’étais la seule fille au milieu des garçons. Ensuite j’ai intégré une école de Football. Là encore j’étais la seule fille mais j’avais toujours cette passion du foot. A l’âge de 17-18 ans j’ai commencé à jouer dans une équipe féminine régionale de football, "Les gazelles de la municipalités". Comme je n’étais pas tout le temps titulaire, j’ai eu envie de prendre mon envol afin de jouer tout le temps. J’ai donc changé de club pour atterrir chez les aigles de la Médina. En 2002 la première équipe nationale de football féminin a été créée. J’ai eu la chance d’en faire partie et d’en devenir la capitaine. Après ma carrière sportive, je me suis dit que ce n’était pas le talent qui nous manquait mais l’organisation. Je suis donc naturellement allée faire un Master en Management des Organisations Sportives. En faisant ce Master, je me suis dit que j’allais pouvoir aider toutes mes sœurs qui traversent les difficultés que j’ai eu à traverser.



Quelles sont les difficultés que vous avez rencontré en étant une fille qui se passionne pour le football au Sénégal ?


Les difficultés sont nombreuses dans la mesure où pour beaucoup de gens, le football c’est pour les hommes et pas pour les femmes. C’était mal vu. Les gens pensent que tu files du mauvais coton en quelque sorte et tout le monde t’appelle "garçon manqué". Mais ce n’était pas ça, c’était juste une passion qu’on avait. On aurait pu jouer au basket ou faire de l’athlétisme mais c’est le football qu’on a choisi, c’est tout.





Et dans ce parcours-là, comment vous en êtes venue à créer Ladies’ Turn ?


L’idée de Ladies’ Turn vient d’une copine américaine qui était au Sénégal et qui voyait que tout le monde jouait au football, sauf les filles (pendant les vacances au Sénégal il y a un championnat de quartier très populaire mais les filles ne peuvent pas y participer). Elle a un peu tiqué dans la mesure où le "soccer" aux Etats-Unis est réservé aux femmes tandis que les hommes font une autre forme de football, le football américain. C’est comme ça qu’on a discuté, après plusieurs allers-retours, on a commencé à organiser des tournois dans les quartiers où les filles n’avaient pas accès aux terrains. Ça a été une si belle réussite qu’on s’est dit : « Pourquoi ne pas créer une association et pérenniser » ?



Quelles ont été les difficultés à la création de l’association ?


Dans la vie tu ne vas jamais tout avoir sur un plateau d’or. Il va y avoir des obstacles tout le temps mais il faut rester soudés et unis et s'en soucier comme ils viennent. C’est comme ça que, de fil en aiguille, nous avons réussi a mettre en place l’association. Au début c’était difficile de jouer sur les terrains de quartier car les garçons pensaient que le terrain leur appartenait. Sauf que quand il y a une infrastructure dans un quartier, il appartient à tout le monde, garçons ou filles. Ils avaient vraiment du mal à l’accepter. Aujourd’hui on partage le terrain et c’est très bien comme ça.



Justement, y’a-t-il une évolution dans la perception du football féminin au Sénégal ?


Le football féminin au Sénégal à beaucoup évolué. Avant il n’y avait pas de championnat, maintenant il y en a un. Il n’y avait pas d’équipe nationale, maintenant il y en a une, depuis 2002. On continue de progresser, de mettre en place des choses pour le football féminin donc je pense qu’on est sur la bonne voie. Il faut juste continuer à travailler. Certes le chemin est long, mais il y a de l’espoir.



Vous pensez justement qu’il est possible d’atteindre un jour l’égalité avec le football masculin ?


Il n’existe qu’un seul football. Mais vu les sommes astronomiques injectées dans le football masculin en termes de salaire, de marchandising et autres, un écart se crée. En termes de spectacles on a rien à leur envier. Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne, l’égalité se construira avec le temps. La première Coupe du Monde chez les hommes a eu lieu dans les années 30 alors que pour les femmes on a dû attendre les années 90 : plus d’un demi-siècle ! Vous imaginez le retard qu’il y a ? Forcément, même si l’écart est en train de se réduire il reste encore beaucoup de travail à faire. Mais je trouve aussi que la progression est énorme au fil des années.



J’ai l’impression que les mentalités évoluent. L’autre jour dans le métro, j’entendais deux adolescents discuter et ils s’intéressaient vraiment au football féminin : ils avaient regardé la Ligue des Champions féminine, connaissaient le nom des joueuses. Vous le ressentez aussi ?


Forcément. Quand j’étais petite et que je jouais au foot, on me montrait du doigt et on parlait sur moi négativement. Aujourd’hui, je suis toute fière de marcher tranquillement dans mon quartier. Tout le monde dit “Voilà c’est elle” en me donnant en exemple. Donc les choses vont changer, il suffit d’y croire et de travailler dans ce sens.



Comment imaginez-vous la suite ?


Une ancienne joueuse qui devient Présidente de la Fédération sénégalaise du football féminin ça suscite beaucoup d’espoir. Beaucoup d’espoir repose sur moi. J’essaye, dans un premier temps de stabiliser ce qui a été fait. Une fois que c’est fait, on pourra améliorer l’existant et aller plus loin. On mettra en place avec ma commission des voies et des moyens pour massifier d’avantage le football féminin. On va y aller doucement et avec le temps on va y arriver.



Pour finir, au delà du football, quels conseils avez-vous à donner aux jeunes filles qui envisagent une carrière professionnelle dans des domaines où elles sont sous-représentées, voire exclues comme l'aérospatial, le football, la tech... ?


Il y a une phrase que j’utilise tout le temps : “ A coeur vaillant, rien n’est impossible, never give up.” Il te suffit de croire en toi. Si tu ne crois pas en toi, personne ne va croire en toi. Et si tu crois en toi, tu peux aller loin. C’est quelque chose que je cultive depuis toute jeune, c’est la clé de la réussite.


Pour soutenir notre campagne de crowdfunding : www.helloasso.com/associations/they-act-for-women/collectes/1ere-edition-de-they-act-for-women-perspectives-d-avenir

SUIVEZ NOTRE AVENTURE

NOUS CONTACTER

Email : theyactforwomen@gmail.com

Bienvenue sur le site de They Act For Women ! Je suis Emeline. Ici, je partage mes découvertes d'innovation en faveur du women empowerment pour montrer les réussites de personnes engagées

A PROPOS

ABONNEZ-VOUS A NOTRE NEWSLETTER

  • LinkedIn Social Icône
  • Instagram
  • Facebook Social Icône